lundi 7 février 2011

The Prince of Persia:The Sands of Time: faut-il obligatoirement une relecture politico-culturelle des blockbusters américains?

J'avais déjà discuté ici des adaptations littéraires, sujet passionnant, et des adaptations de comic-books, une sorte d'ancrage encore plus fort dans la culture de masse... Ici, nous nous retrouvons au cas suivant: l'adaptation cinématographique de jeux vidéos. La chose n'est pas nouvelle dans la mesure où il y a déjà eu par exemple, Resident Evil ou encore Silent Hill (films d'horreur), Lara Croft etc. pour ne nommer qu'eux. L'idée peut être intéressante si le scénario est bon, toujours dans l'optique de séduire les joueurs de ces mêmes jeux vidéos à venir voir le film en salle, et pourquoi pas, capter une autre audience, la jeunesse.
Mais quand il s'agit d'une adaptation d'un jeu vidéo à succès, estampillé Walt Disney d'une part (garantissant un spectacle tout public, à visionner en famille) et Jerry Bruckheimer, LE producteur des blockbusters américains... il est évident que nous avons affaire à un produit, destiné à être consommé!
Servi par de très bon acteurs, Jake Gyllenhaal aussi à l'aise dans des superproductions que chez les "indés", Gemma Arterton la jeune britannique qui monte, puis Ben Kingsley, habitué depuis quelque temps à des rôles de super méchants... le film se laisse voir même s'il s'agit d'un super gloubiboulga historique et culturel! Dastan (J. Gyllenhaal), petit orphelin des rues, est adopté par le roi de Perse, Sharaman. 15 ans plus tard, il doit assiéger la forteresse d'Alamut, une ville considérée comme sainte, avec Nizam son oncle, et ses deux frères. Ayant accompli cet exploit tout seul, il est accusé à tort d'avoir tué son père adoptif en lui offrant une robe empoisonnée (ouh ouh, mythologie grecque quand tu nous tiens! cf. Médée et Créuse) et est contraint de s'enfuir avec la princesse Tamina (G. Aterton), non sans avoir pris un poignard magique! Et oui, parce que se poignard qui contient du sable, permet de changer le passé, d'où le titre "sands of time"... poignard dont voudrait s'emparer son oncle Nizam pour refaire le passé et devenir roi à la place de son frère Sharaman. Je vous fais grâce de toutes les péripéties inouïes que le prince Dastan subit. Car au fond, ce film a plutôt une structure narrative comparable au conte, avec moults rebondissements, une quête à accomplir, des personnages très positifs/négatifs etc. Et finalement, il y a tous les éléments "pseudo-orientaux" pour justement créer une ambiance un peu arabisante/orientale. Entre les danseuses du ventre, des prêtresses mystiques, des assassins derviches tourneurs élevant des serpents, des bandits qui s'adonnent aux courses d'autruches, on nage complètement dans la fabrication historique la plus farfelue. Ce qui peut passer dans un jeu vidéo pour adolescents est tout de même plus difficlement transposable à l'écran.
Pour revenir à la problématique du départ, faut-il obligatoirement proposer une relecture politique des blockbusters, je pense que oui. A mon avis, les blockbusters ne sont jamais anodins. Parce qu'ils visent une très large audience, ils sont capables de véhiculer des idées qui toucheront un très grand public. Entre les valeurs américaines capitalistes que l'on retrouve dans le film du style "je ne paie pas mes taxes à l'empire perse" et la guerre contre Alamut utlisée comme une allégorie de la guerre d'Irak... je reste dubitative. D'autant plus que Dastan arrive à arrêter cette guerre grâce au poignard magique. Disney, quand tu nous tiens! On peut se demander évidemment à quoi sert ce genre de film? Uniquement produit commercial ou alors un film nécessitant une seconde lecture? Allez... juste pour les beaux yeaux de Jake! 

mardi 25 janvier 2011

De la nécessité "métaphysique" des feel-good movies

Hello!
I'm back! Bonne année 2011 à tous! J'espère que tout le monde va bien. Que souhaiter pour cette nouvelle année? Que de belles choses, de la joie et de la bonne humeur... des succès en tout genre etc.
Je suis de retour donc! J'avais pas mal de critiques ciné en tête mais bon, trop de travail, de préoccupations... Bref, là je repards du bon pied.
Pourquoi ne pas commencer cette nouvelle année avec un de ces "feel-good" movies que Woody Allen déteste autant? Et oui, ce genre de film est typiquement ce que l'on peut considérer comme un film de divertissement, un "produit" marketing, bien emballé, bien ficelé, avec une belle affiche et une brochette de stars... comment s'y retrouver, en effet, entre Patrick Dempsey, Julia Roberts, Bradley Cooper, Topher Grace, Anne Hathaway, Queen Latifah, Shirley Mac Laine, Aston Kutcher (et j'en oublie) dans Valentine's Day. Réalisé par Garry Marshall en 2009, ce film a pour but la célébration d'une fête américaine, qui a été transposée maintenant dans le monde entier, créée à des fins commerciales, à savoir la fête de St Valentin.
A la façon des films récents sur Noël, tels Love Actually ou The Holiday, ou encore sur Thanksgiving, Valentine's Day, se veut une ode à l'amour qui retrace la vie des gens, riches de préférence puisque l'histoire se déroule à Los Angeles (les pauvres en question sont les fleuristes mexicains!). Film choral, il se perd dans la narration car à force de vouloir traiter plein de facette ou de personnalités, on s'y perd un peu et surtout on s'y ennuie. Oui, l'amour, c'est beau de 7 à 77 ans! Et à part ça? Oui, tout le monde connaît une fin heureuse ou presque... car dans les films hollywoodiens, aussi sirupeux soient-ils, les "méchants" sont punis. La méchante jeune fille qui a préféré privilégier sa carrière au détriment de l'amour (Jessica Alba) se retrouve seule à arpenter Rodeo Drive devant la boutique Cartier avec son chien Carmine. Tout comme le personnage incarné par Queen Latifah, une sorte d'agent publicitaire workaholic... elle reste seule au travail et finalement trouve du réconfort en faisant du phone sex. La morale est toujours présente, même dans ce genre de film "écervelé". La star de football qui a réussi son coming-out en avouant son homosexualité se voit récompensé avec le retour à la maison de son amour... Mais attention, pas de baisers entre hommes, on reste à Hollywood tout de même!
Pourquoi la sauce ne prend pas? Tout d'abord, le scénario est mal écrit... pas de phrases percutantes qui pourraient devenir cultes, les situations ne sont pas cocasses et surtout on les a déjà vues un million de fois. N'est pas "When Harry meets Sally" qui veut. De plus, la multiplication quasi à l'infini des personnages rend l'histoire "complexe": assis au fond du canapé, on se demande quelle est la relation entre tous les personnages et au bout d'une heure et demie, on en a un peu marre! Le film choral est devenu une mode en soi, traiter de 5 personnes ça va, mais quand on essaie de parler de relations entre 15 personnes différentes, ben... ça ne va plus du tout.
Mais surtout, le fait d'employer des grandes stars ne rend pas du tout service au film. Bien au contraire, elles sont toutes mal-employées avec des mini-rôles, voire des mini-apparitions de 5 minutes.
Mais au final, le problème de ce genre de film ne serait-il pas lié à la nature intrinsèque de celui-ci? Ce n'est pas un vrai film, mais un produit fini, marketé spécialement pour une fête? Et pourquoi ne pas aider à la vente de fleurs, de bonbons et autres produits estampillés "Spécial St Valentin"? D'ailleurs, à mon avis, les studios se rendent compte que ce genre de film est cher à réaliser et à produire, et surtout qu'il n'est pas forcément rentable, surtout en Europe. Si les films de bons sentiments sur Noël fonctionnent, c'est qu'il y a une longue tradition américaine de réalisation de films "de Noël", entre It's a Wonderful Life, Home Alone (Maman, j'ai raté l'avion), Love Actually etc. pour ne nommer qu'eux... Mais la St Valentin? Alors, un nouveau produit à placer?

mardi 23 novembre 2010

Un coup de pouce pour un site ami

Bon... ce site est plutôt à vocation cinématographique mais je voulais donner un coup de pouce à une amie sculptrice, qui fait, en plus de beaux bijoux originaux.
Vous ne savez pas quoi offrir à Noël?...
Jetez un coup d'oeil sur son site (co-produit avec son compagnon, sculpteur, lui aussi): http://www.alainchaigneau-ceramique.com/

mardi 31 août 2010

Rentrée de vacances

Je suis rentrée de vacances ... et je m'apprête à vous proposer de nouveau des critiques de cinéma. Je dois avouer que j'ai été assez "paresseuse", pas vu beaucoup de films pour cause de temps passé avec mon loupiuat. J'ai eu par contre l'occasion de voir l'intégralité de la série "The Prisoner" qu'ARTE  a eu la bonté de diffuser cet été. Série tantôt kafakïenne, tantôt orwellienne, dénonçant déjà à l'époque les travers d'une société télévisée et surveillée, dictant à chacun les pensées et les agissements à avoir. Rapellant par certains côtés "The Avengers" ("Chapeau melon et bottes de cuir") avec son aspect désuet, l'apparition de personnages bizarres (tel que le majordome nain, le n° 2 qui change constamment de visage...), les villageois habillés de vêtements colorés façon Swinging London avec leurs parapluies et le tout se passant dans le Village (village assez original qui mêle plusieurs styles architecturaux), la série baigne dans une atmosphère d'espionnage teintée de surréalisme et d'irrationnel. Le plus intéressant et dérangeant c'est que la fin - censée nous dévoiler pourquoi le héros (interprété par Patrick Mc Goohan) se trouve dans le Village contre son gré - est encore plus intriguante que le début. Une fin ouverte pour une série culte qui le reste encore aujourd'hui. Une série à voir d'urgence pour se prémunir contre les dérives totalitaires! "We want information".
Sinon, je voulais vous signaler un coup de coeur pour un film américain, encore un!: FAST FOOD NATION, sorti en 2006 de Richard Linklater, preuve s'il en est que les Américains font des films indépendants et sociaux. Basé sur le livre du journaliste d'investigation Eric Schlosser, Fast-Food Nation: The Dark Side of the All-Americain Meal (2001). Don Anderson (Greg Kinnear) est responsable marketing chez Mickey's, une chaîne de restaurants fast-food. Son équipe a d'ailleurs lancé le nouveau sandwich qui fait un tabac, The Big One (qui ressemble furieusement au BIG MAC). La viande utilisée chez Mickey's comporte des traces importantes d'excréments et Don Anderson est chargé d'y enquêter. Il part alors à Cody au Colorado inspecter l'abattoir de l'UMP, Uni-Globe Meat Packing, l'industrie agro-alimentaire de viande qui fournit la chaîne Mickey's.
Parallèlement à cette histoire, on suit un groupe de clandestins mexicains qui traverse la frontière pour échapper à la misère et qui se retrouve à travailler de nuit dans le même abattoir de l'UMP. Plusieurs vies ainsi s'entrecroisent. Aucun misérabilisme même si les émigrées mexicaines doivent coucher avec un contremaître misogyne pour obtenir un travail dans l'abattoir. Chacun veut sa place au soleil et chacun subira ce qu'il faudra pour y rester. Ainsi, une des héroïnes, Sylvia, se sacrifiera pour subvenir aux besoins de son mari accidenté par le travail. Don Anderson, lui, ne dénoncera pas le scandale des excréments dans la viande et pour garder sa place, lancera un nouveau sandwich, THE BIG ONE, spécial BBQ (d'ailleurs, au début du film, on le voit discuter avec un scientifique qui travaille sur des exhausteurs de goût). Au fait, voulez-vous savoir pourquoi il y a des traces d'excréments? C'est parce que les ouvriers mexicains qui ne sont pas formés au métier font des mauvaises manips en travaillant aux abats. Lorsque les rognons défilent trop vite sur le tapis, certains ouvriers n'arrivent pas à suivre la cadence et pour le coup, les excréments se répandent sur la viande. Disons que si vous avez envie d'entamer un régime, c'est LE film à voir!
Le genre du film oscille entre le docu-fiction et le reportage journalistique, servi par un casting assez bon et étonnant avec des acteurs un peu "indés" ou engagés tels Ethan Hawke, Patricia Arquette, Luis Guzman et plus surprenant encore, Bruce Willis en patron cynique et peu scrupuleux ou encore Avril Lavigne parfaite en étudiante rebelle.
Je pense que le film illustre assez bien les propos du livre (même si je ne l'ai pas lu). Evidemment, traiter des vies croisées n'est pas une chose aisée et parfois, on se dit qu'à force de vouloir montrer tous les points de vue de tous les protagonistes, le film en pâtit un peu. Toutefois, comme j'ai été très prise dans le film, je n'ai pas vraiment ressenti de longueurs.
Ma dernière refléxion porte sur la façon dont le paysage américain a été filmé. Je ne suis pas spécialiste du paysage mais j'y ai un peu réfléchi lorsque j'ai assisté à un séminaire portant sur ce thème. La spécificité du paysage américain est assez semblable par certains côtés au paysage russe, surtout évidemment par son immensité. Deux écrivains russo-soviétiques, I. ILF et E. Petrov sont partis aux Etats-Unis dans les années 1935-1936 et on ramené avec eux un roman, Odnoètazhnaja Amerika, qui a été traduit en français par L'Amérique de plain-pied ou encore L'Amérique. roman reportage. Les circonstances et le but de leur voyage, j'en discuterai une autre fois. Ce qui est absolument frappant, c'est leur description de l'Amérique telle qu'ils la voient pendant leur road-trip. Une immensité de paysages et surtout ces villes où la population n'est pas nombreuse, qui regorgent des mêmes dinners, des mêmes boutiques, et d'enseignes lumineuses. En voyant ce film qui fait la part belle aux paysages que voit Dan Anderson lorsqu'il part en voiture à Cody, j'ai tout de suite pensé à ces descriptions. L'immensité et la continuité du paysage américain permet justement le déroulement narratif de l'oeuvre et c'est en cela que ce paysage comporte une part de "cinématographicité"... (désolé pour le néologisme). D'ailleurs, le couple mexicain Sylvia et Raoul, valeureux travailleurs, est ébloui par la richesse de la ville et la profusion de restaurants, mexicain, chinois, pizza etc. (illustrant ainsi la diversité de la population américaine), tandis que les habitants de la ville même ne cherchent qu'à la fuir, tellement elle est oppressante. Cette ambivalence qui est d'ailleurs bien retranscrite dans l'ouvrage d'Ilf et Petrov dans les années 30, reste toujours la même, 80 ans plus tard!

jeudi 15 juillet 2010

Le Jour d'après et 2010: la fabrique des blockbusters américains

Les blockbusters sont devenus un sujet de prédilection chez moi, à tel point qu'ils sont devenu un de mes sujets d'étude . Devenu un genre à part, ces films d'action peuvent et doivent bénéficier de plusieurs niveaux de lecture. Evidemment, certains intellectuels ou critiques de cinéma s'esclaffent et disent que les blockbusters sont un produit de sous-culture ( ce n'est pas faux non plus) et les étudier, revient à témoigner de la pauvreté de la recherche actuelle. Mais c'est inexact. Les blockbusters qui sont destinés au plus grand nombre, à la "masse", nous renseignent justement sur la culture de masse et son évolution. Le cinéma est le mirroir, certes déformant, de la société mais il reflète les pensées, les changements, les peurs etc. d'une société. Les blockbusters, à l'origine, des films produits avec peu de moyens et ayant fait un "hit" au box-office, appartenaient à tous les genres confondus. Aujourd'hui, les blockbusters sont des films qui sont produits avec énormément de moyens financiers (pour payer les stars, les effets spéciaux de plus en plus nombreux, la publicité, le marketing etc.) et qui sont censés rapporter ne serait-ce que le double de la mise. Etant donné que le genre qui a le plus de succès au cinéma aujourd'hui est le film d'action, il est naturel que les blockbusters sont en majeure partie des films d'action, eux-mêmes divisés en sous-genre: film d'espionnage, film de guerre, film de mafia/gangsters, adaptation de comics, et évidemment le genre dont nous allons discuter aujourd'hui, le film-catastrophe.
Le film catastrophe, qui suscite pas mal de ricannements, tellement il est caricatural, est censé représenter en quelque sorte nos peurs, ou nous peurs primales (mourrir noyé, brûlé, écrasé...). En lisant l'excellente monographie de Jean-Baptiste THORET, Le Cinéma américain des années 1970 (2006) dont j'ai déjà parlé ici, on y apprend que le film catastrophe est plus intéressant qu'il n'y paraît. Apparu dans les années 1970, le film catastrophe témoigne des changements involontaires que subit la société américaine à cette époque-là. Bouleversée par le Vietnam, l'Amérique découvre les hippies, la violence urbaine, les serial killers, le Black Power, l'immigration etc. Avec le Vietnam, la société américaine perd ses illusions et se retrouve confrontée avec la violence en général. C'est à ce moment-là qu'apparait le film catastophe, comme pour à la fois, mettre sur écran toutes les peurs (les mettre en mots et en images) que traversent le pays et les exorciser. The Poseidon Adventure (L'Aventure du Poséidon) en 1972,The Towering Inferno (La Tour Infernale)  en 1974, Earthquake (Tremblement de terre) en 1974... pour ne citer qu'eux. A leur façon, ils remettent en question la destinée de l'homme, soulignent ses egarrements et terminent sur une note finale "heureuse" mais qui sonne comme un appel à la vigilance. Retombés dans l'oubli dans les années 80, qui voient la "résurrection " d'une Amérique forte qui n'a peur de rien en privilégiant à l'écran des films d'action où triomphent les hard-boiled heroes (les héros durs à cuire), symboles vivants de l'Amérique reaganienne, les films catastrophes reviennent sur le devant de la scène au milieu des années 90 et plus particulièrement dans les années 2000. Il faut dire qu'en 30 ans, le monde a changé. La guerre froide n'existe plus mais d'autres menaces surgissent, et notamment des menaces écologiques, climatiques. Twister (1996), Le pic de Dante (1997), Volcano (1997), Titanic (1997, mêlant différents genres, film catastrophe, drame historique, film romantique etc.), Armageddon (1998), En pleine tempête (2000), Fusion (2003), Le Jour d'après (2004),  Poséidon (2006, remake du film déjà cité), 2012 (2009)... autant de films catastrophes, qui à l'instar des sectes millénaristes (je parle des sectes apparus autour de l'an 1000) apparaissent justement au tournant du XXI-ème siècle. Il y a aussi un évènement politique qui a secoué le monde entier, que l'on ne peut passer sous silence et qui explique aussi, la multiplication de ces films. Il s'agit du 11 septembre 2001, qui a définitivement remis tout en question.
Aujourd'hui, mis à part les menaces terroristes et nucléaire, on doit faire front aux menaces climatiques: le réchauffement de la terre, la fonte de la banquise, la déforrestation etc. Ces réelles préoccupations de l'homme du XXI-ème siècle deviennent d'excellents sujets filmiques. Ce sont de vrais sujets, les scénaristes s'appuient sur des livres scientifiques pour en tirer leur scénario. Ils permettent de mettre en scène un éternel questionnement: l'homme face à la nature et surtout la mort de l'homme. Etant donné l'intensité dramatique des menaces climatiques et les prouesses technologiques des studios chargés d'effets spéciaux, les tornades, tsunamis, volcans en érruption, et cie. deviennent les nouveaux sujets incontournables de Hollywood.
Pour tenter une analyse de ce nouveau genre, j'ai pris exemples deux films du réalisateur d'origine allemande, Roland Emmerich, qui s'est spécialisé dans les films à grands budgets et à effets spéciaux, Le Jour d'après sorti en 2004 et 2012 sorti en 2009.
Les deux films traitent de sujets "climatiques" à la mode, pour le premier, le réchauffement de la planète et les changements climatiques dus à l'arrêt du Gulf Stream, dû à la désalinisation de la mer, provoquée par la fonte des glaces. Un sujet on ne peut plus actuel... Cet arrêt provoque une nouvelle ère de glaciation qui change la donne géo-politique, le Mexique étant obligé d'ouvrir ses frontières pour accueillir les réfugiés américains fuyant le froid!!! Et le 2e film, quant à lui, traite de la fin du monde, prévu par le calendrier maya pour le 21 décembre 2012, jour où le monde s'effondre dans les eaux.... et cela étant du au déplacement de la croûte terrestre. A lire comme ça... on dirait de la science-fiction pour ados mais finalement, c'est uen assez bonne façon et même plutôt efficace de parler d'écologie en s'adressant au plus grand nombre.
En s'appuyant sur des livres écrits par des scientifiques, souvent contestés, (Art BELL, Whitley STRIEBER, The Coming Global Superstorm pour le 1e film et une pléïade de livres et de documentaires pour le 2e), en utilisant du jargon scientifique, Roland Emmercih parvient à faire des films assez crédibles pour le genre et surtout, il confère un rôle bien particulier à ses héros, les scientifiques prophètes. Jack Hall (Le Jour d'Après) et Adrian Helmsley (2012) se battent contre les politiques et tentent de sauver l'humanité. Incompris et pas écoutés, ils se démènent pour sauver le monde. Ce sont les prophètes des temps modernes. D'ailleurs, le vice-président Becker auquel a affaire le paléo-climatologue Jack Hall, ressemble furieusement à Dick Cheney et leur querelle nous rappelle que les Etats-Unis n'ont pas voulu signer les accords de Kyoto oubliant les dangers du réchauffement de la planète.
Quant à Adrian Helmsley, il doit lui aussi faire face au conseiller spécial du président, Carl Annheuser, qui ne pense qu'à sauver sa propre peau. Au final, ces nouveaux prophètes sont les nouveaux révolutionnaires qui agissent dans l'intérêt du peuple et surtout, participent à l'élaboration d'un nouveau monde.
2012 effectue une surenchère des images chocs étant donné qu'il s'agit de la fin du monde, la côté Ouest sombre dans le Pacifique, le Yellowstone devient une énorme zone volcanique, l'Himalaya est balayé par un énorme tsunami... évidemment, on se pose tous la même question: quel genre de film catastrophe un réalisateur peut-il faire après 2012? Avec toutes les images que nous avons des catastrophes naturelles, il est évident que nous pouvons les améliorer grâce aux images de sunthès et les rendre encore plus spectaculaires. Finalement, est-ce que ces images servent le discours écologique en mettant en garde l'homme ou effacent-elles tout esprit critique? Peut-être les deux? Peut-être doit-on choquer pour justement avertir l'homme?
Toujours est-il que Roland Emmerich est devenu un expert en la matière. De plus, il en ressort quelques thématiques assez intéressantes. Dans les deux films, la situation géo-politique a changé. Le Nord n'est plus habitable dans Le Jour d'après, et tous les pays du Sud doivent accueillir les occidentaux... quant à 2012, l'Everest a disparu et le pic culminant se trouve en Afrique, le Mont Drakensberg. Tout en fustigeant une attitude inconscient de l'Amérique face à ces problèmes de climat, Roland Emmerich parvient tout de même à donner une image d'une Amérique forte, sans failles ou presque: les héros divorcés dans chaque film, se retrouvent à nouveau unis grâce aux évènements et leurs anciens amants - l'élément perturbateur - périssent noyés, tués, brûlés etc., les enfants se réconcilient avec les parents et vice-versa. Les bons sentiments sont là. L'honneur de l'Amérique est toujours sauf car le président ou le conseilleur reconnaît à chaque fois ses erreurs et promet de ne plus jamais recommencer. Il est intéressant de noter que souvent, ce sont les réalisateurs étrangers qui font de très bon films "américains", d'excellents blockbusters: Roland Emmerich (Universal Soldier, Stargate, Independance Day, Godzilla, The Patriot), Wolfgang Peterson (Dans la ligne de mire, Air Force One, En pleine tempête, Troie, Poséidon), Paul Verhoeven (Robocop, Total Recall, Basic Instinct, Starship Troopers)... Ces réalisateurs étrangers, devenus américains, s'appliquent à faire de bons films américains (exception faite peut-être pour Verhoeven, qui sous couvert de blockbusters, dénonce les travers de la société américaine), un peu comme leurs prédécesseurs dans les années 30-50.
Alors au final, comment réussir son blockbuster, et qui plus est, son film catastrophe? Je compare le blockbuster toujours à un plat de cuisine: il faut suivre la recette en dosant minutieusement les ingrédients pour obtenir le "produit" parfait. Un scénario qui tient la route basé sur des faits rééls, des scènes choc servis par d'excellentes images de synthèse, une musique facilement identifiable avec un refrain qui ponctue les différents moments-clés de l'intrigue, des moments dramatiques, d'autres romantiques, du suspense... le tout distillé par des acteurs bien "castés". R. Emmerich fait revenir sur l'écran des acteurs confirmés, d'autres un peu has-been et des nouveaux visages qui deviennent, grâce au film, des stars. Ainsi pour Le Jour d'après, Dennis Quaid et Sela Ward, des acteurs sur le retour, Ian Holm, star confirmé, et Jake Gyllenhall peu connu à l'écran et Emily Rossum; tandis que pour 2012, Woody Harrelson (qui joue un excellent doux dingue, persuadé que tout n'est que conspiration de l'Etat...), John Cusak, Amanda Peet, Thandie Newton et Danny Clover réussissent leur come-back grâce à ce blockbuster et Chiwetel Ejiofor et Beatrice Rosen (devenue l'égérie de Lancel après ce film) acquièrent leur statut de star.
Récapitulons, un casting excellent, une musique pensée pour accompagner les moments-clés, du suspense, du drame (quelques morts), des scènes chocs et une histoire bien ficelée, accompagnée de quelques spécificités nationales dont le happy-end, c'est ainsi que l'on réssit le blockbuster.
Il va sans dire que le film catastrophe ne peut avoir qu'une structure narrative linéaire, d'où la nécessité de moments dramatiques intenses et surtout de suspense, et un maximum de rebondissements, même loufoques. Mais après 2012, quel est l'avenir du film catastrophe? Après le 11/09/2001, il est quasiment impensable de faire des films mettant en scène des immeubles en feu (cf. La Tour Infernale), détruits par des avions etc. Il reste donc les menaces climatiques... Mais après avoir filmé l'Apocalypse... que reste-t-il? Y-a-t-il encore un avenir pour le film catastrophe?
Je voudrais terminer cette réflexion et l'ouvrir sur une autre discussion: les Russes au cinéma ou plutôt l'archétype russe, sur lequel je reviendrais et j'y consacrerais un article.
Dans 2012, il y a deux archétypes russes: Yuri Karpov, un milliardaire russe assez répugnant, père de jumeaux imbus d'eux-mêmes. Ancien boxeur, il a fait fortune dans la boxe et a pu s'acheter des billets pour les "arches de Noé". Accompagné de Tamara (Beatrice Rosen) à qui il a fait refaire les seins, il incarne la caricature absolue des nouveaux Russes. Sachant dire en anglais uniquement "Good. That is good. / That is very good." ou la variante négative "Bad. That is bad. / That is very bad." , il est celui qui a réussi par la force et non par l'esprit, contrairement aux héros Curtis Jackson (l'écrivain joué par John Cusak) ou Adrian Helmsley, le scientifique (Chiwetel Ejiofor). C'est le nouveau "bogatyr", le preux chevalier, qui, vers la fin, connaît la rédemption, en se sacrifiant pour ses enfants. L'autre archétype russe présent dans le film est relayé par le président russe, ressemblant un peu à Vladimir Poutine (du moins, dans ses poses), sérieux, homme politique, prenant des décisions graves mais surtout, il se distingue de tous ses homologues, en prenant une décision qui marquera l'humanité à tout jamais, et prouvant finalement sa supériorité sur le reste des hommes politiques. Lorsqu'on découvre à Cho Ming qu'une des arches ne fonctionne plus et que les tsunamis (qui vont détruire toute vie sur terre) arrivent, les responsables décident de fermer les portes des arches. Adrian Helmsley trouve que cet acte est barbare et se querelle avec le conseiller Carl Annheuser (qui lui, ne veut pas faire rentrer les gens restés à quai). Il estime que l'humanité ne peut se renouveller, en créant ce nouveau monde par un acte d'injustice et de barbarie. Le président russe est le premier à décider d'ouvrir les portes des arches pour permettre aux gens d'être sauvés. En quelque sorte, les "Russes" deviennent les sauveurs de l'humanité car tous les autres dirigeants européens se joignent aux Russes! Les Russes sont de retour dans le cinéma!

mardi 8 juin 2010

Psychanalyse des films "comics"

Aujourd'hui, il est de bon ton d'être "contre"... contre une idée, contre une idéologie, contre un film etc. Le positionnement "contre" fait office de valeur morale et de cautionnement intellectuel. Il est bon de désacraliser la psychanalyse... mais en fait, celle-ci nous a offert une grille de lecture assez importante pour la littérature, le cinéma, les arts etc.  En même temps que la sémiotique et la sémiologie, la psychanalyse nous permet de comprendre ou d'essayer de comprendre ce qui se cache sous les images, si l'on peut dire. Aujourd'hui, mon titre est un clin d'oeil au magnifique ouvrage de Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, que je vous conseille évidemment si vous ne l'avez pas lu.
Pourquoi un tel intérêt pour les films qui reprennent les "comic books" US? Et bien, disons, qu'il y a plusieurs raisons à cela? Je suis moi-même américaine et donc nourrie de cette "sous-culture"... puis je suis "geek", donc ceci explique cela... la plupart de ces films ne sont pas trop mal réalisés et permettent de se détendre après une dure journée. En plus, ce qui est intéressant, c'est que ces "comics" et les films qui en découlent sont essentiellement un phénomène américain. On ne peut pas comparer Batman à Astérix, même si celui-ci se présente comme un super-héros gaulois... Le but et la fonction des super héros américains est réellement tout autre.
L'adaptation de ces films à l'écran provoquent plusieurs questions auxquelles nous allons tenter de répondre. Tout d'abord celui, déjà évoqué ici, l'adaptation littéraire à l'écran. C'est un sujet qui, en soi, est très intéressant et qui fait l'objet de nombreuses monographies (d'ailleurs, j'ai une amie qui a consacré sa thèse à ce sujet). De l'écrit au filmique. Ici, ce serait, du visuel au filmique mais finalement on adapte une BD, un art graphique/visuel au cinéma, qui est aussi un art graphique et visuel et qui, d'ailleurs, fait de plus en plus appel aux storyboards (qui peut être considérée comme une variante de la BD: fait appel à un dessinateur qui doit mettre en images, l'action et/ou le récit narrés). Le deuxième problème, évidemment tient de la réception: qui ira voir une adaptation "comics"? La personne qui a lu le "comic-book" en question, le fan, la personne qui veut découvrir le "comic book" à travers le film etc?
Outre l'aspect purement commercial (attirer un public de plus en plus nombreux et jeune), l'adaptation du comic participe à l'élaboration de la culture ainsi que du cinéma de masse. Tout d'abord, il s'agit de porter une oeuvre à l'écran donc de permettre au plus grand nombre d'y accéder. Ensuite, on porte à l'écran un comic-book, qui fait déjà office de médium de culture "pop" (je crois qu'il ne faut pas utiliser ici l'adjectif "populaire" car la culture populaire fait plus référence à la culture traditionnelle qu'à la culture du plus grand nombre). D'ailleurs, un nouveau cas d'adaptation "littéraire" commence à apparaître au cinéma dont nous en parlerons peut-être dans ce blog: l'adaptation des jeux vidéos, qui cette-fois-ci, n'a qu'un seul but lucratif. Par ailleurs, en me penchant sur ce problème, j'ai réalisé aussi qu'il faudrait parler, un peu plus tard, de l'adaptation des séries télévisées à l'écran. C'est aussi un sujet intéressant et dont les enjeux sont autres.
Et pour revenir aux jeux vidéos, notons que Resident Evil, Silent Hill, Dungeons and Dragons furent adaptés à l'écran. D'ailleurs, à l'heure où j'écris cela, une nouvelle adapatation est sortie sur nos écrans, en France, Prince of Persia: les sables du temps, adaptation signée Disney...
Pendant cette décennie 2000-2010, on a vu fleurir de nombreuses adaptations de comics à l'écran, dont la plupart d'ailleurs sont édités par Marvel Comics, Superman et Batman étant édités par DC Comics. En même temps, lorsque l'on connaît l'importance qu'ont eu ces comic-books dans la culture américaine, il n'est pas étonnant que les producteurs hollywoodiens aient eu l'idée de les adapter. Les comic-books ont été à la fois un éxutoire pour des jeunes américains dans une société rigide et corsetée (on parle de la société américaine de l'après guerre), ainsi qu'un moyen détourné de parler des peurs de l'époque (terreur communiste, suspicion, maccarthysme...). De plus, certains voient dans les supers héros, une homosexualité refoulée (des héros vêtus de costumes moulants mettant en valeur leurs muscles saillants, ayant de jeunes acolytes à leur côté). C'est une thèse que propose, entre autres, Mickey, un des personnages clés de la série américaine Queer as Folk, adepte inconditionnel des comic-books. Pourquoi pas? Mais si l'on s'attarde aux traits principaux des super héros, l'on voit qu'ils ont tous des failles, qui en font à la fois leur force et leur faiblesse. Ainsi, examinons les cas suivants: Bruce Wayne, alias Batman, est traumatisé par la mort violente de ses parents et n'hésite pas au final à user des moyens les plus violents pour arrêter les criminels. Clark Kent, alias Superman, est un enfant alien adopté et ne connaît pas ses parents biologiques. Peter Parker, alias Spiderman, vit avec sa tante et se sent coupable de la mort violente de son oncle. Johnny Blaze alias Ghostrider, passe un pacte avec le Diable et perd son père. Franck Castle, alias The Punisher, agant du gouvernement, voit sa vie basculer lorsque sa famille est assassinée par la mafia, et devient alors un justicier sans loi, ni foi. Elektra Natchios, alias Elektra, une des rares héoïnes féminines, perd son père et devient un assassin professionnel. Bon, je m'arrête là... la liste est longue et ces quelques exemples sont représentatifs.
Ces héros appartiennent principalement à la classe moyenne (excepté Bruce Wayne, Elektra Natchios et Tony Stark alias Iron Man). Ils devaient permettre aux jeunes de s'y identifier encore plus aisément. Mais une deuxièle lecture nous permet de voir qu'il s'agit aussi d'un portrait de l'Amérique au vitriol. Tous en proie aux doutes existentiels, ils viennent de familles dysfonctionelles (absence du père et/ou de la mère, sans famille, orphelin etc.), ils font face à des ennemis de plus en plus retors, qui ne pensent qu'à s'enrichir, à pervertir et à corrompre la société américaine. Certains comics sont plus noirs que d'autres, ainsi le nouveau Batman imaginé par Mark Miller, a un adversaire récurrent, The Joker, véritable incarnation du mal qui en songe qu'à provoquer le chaos autour de soi.
Si, depuis les années 50 jusque dans les années 80, l'adaptation des comics, relevait plus du divertissement (de la série TV Batman and Robin à la saga Superman avec l'acteur Christopher Reeve) avec un schéma narratif assez pauvre (présentation du bon, présentation du méchant, combat entre les deux avec la victoire du superhéros), aujourd'hui, les adaptations à l'écran veulent apporter plus d'étoffe à leur(s) personnage(s) ainsi qu'à l'intrigue, notamment en ajoutant plus de profondeur aux traits psychologiques des superhéros et des "supers méchants". Ce qui nous donne des films plus ou moins bien réussis, plus ou moins longs. Je pense évidemment aux deux films de Christopher Nolan avec Batman Begins et The Dark Knight, insufflant un nouvel esprit, très sombre, à cette saga qui avait perdu de son intérêt après que Tim Burton ait fait les deux premiers (Batman en 1989 avec Michale Keaton, Jack Nicholson et Kim Basinger// Batman, le défi en 1992 avec M. Keaton, Michelle Pfeiffer et Danny de Vito).
Pour revenir à la problématique de l'écrit au fimique, ne pourrait-on pas dire que souvent, l'adaptation à l'écran, devient autre chose qu'une simple adaptation? Ce n'est plus un comic, une bande-dessinée, cela devient un fim à part entière.
Au vu du succès grandissant de ces films (nombre d'entrées au box office etc.), le cinéma français s'y est mis, lui aussi, avec les adaptations d'Astérix, Lucky Luke, Michel Vaillant, Les chevaliers du Ciel, Les Dalton et récemment Adèle Blanc-Sec (une BD un peu plus "intello" qui mêle le surnaturel avec l'histoire). La plupart de ces adaptations ont été, peut-être pas des échecs commerciaux, mais des échecs filmiques. Alors, que faut-il pour réussir une bonne adaptation de comics ou de BDs? Outre les structures narratives propres à chaque comic et BD, une différence absolument essentielle réside dans la langue même. Si les comics américains privilégient avant tout l'intrigue et l'action (et c'est pour cela qu'ils sont facilement adaptables, justement grâce à leur effet visuel et graphique), les bds françaises, elles, mettent l'acent sur les effets de langues et de syntaxe. Ainsi, dans Astérix, Goscinny, faisait énormément de contrepétries, de références littéraires et historiques, tournait en parodie les citations et les maximes latines etc. Ce sont des effets linguistiques absolument impossibles à reproduire à l'écran. Alain Chabat a été le seul qui l'ait "réussi" avec le deuxième opus d'Astérix (Astérix et Obélix, mission Cléopâtre), en retravaillant ces effets de style au goût du jour. Mais en aucun cas, on ne peut adapter les bandes dessinées françaises uniquement en ce centrant sur l'action. D'ailleurs, le 3e opus d'Astérix, très onéreux, a été un" four" absolu car l'action était privilégiée au lieu du scénario (quasi inexistant). Non seulement il faut un bon réalisateur et un scénario excellent, mais faut-il encore garder toutes les spécificités nationales. Le cinéma français doit-il obligatoirement passer par la case "imitation du cinéma d'action américain"? Lorsqu'il le fait, il produit un cinéma d'action qui peut plaire au plus grand nombre mais qui, au final, reste un "résultat" assez médiocre.
Ne faut-il pas autre chose? La clé du succès de ce genre de film ne réside-t-il pas aussi et essentiellement dans la langue anglaise? C'est mon postulat de toujours, une "intuition scientifique" à la façon de Tynianov. Il me semble que l'anglais a cette capacité de s'adapter à tous les registres de langue avec une facilité surprenante, de Shakespeare à la langue du Bronx, sans que cela ne sonne vulgaire ou médiocre, créant ainsi une multitude de langues anglaises, dont une pour chaque genre de film différent.
Enfin, pour clore cette discussion... pourquoi un tel succès de ce genre, a priori destiné aux adolescents? Est-ce à cause de la symplicité du schéma narratif? à cause du manichésime ambiant? Le héros positif, magré tous ses doutes et ses failles, est toujours confronté à son double maléfique, un super anti-héros, "a supervillain". Ou est-ce parce que nous avons tous besoin de mythes? Et ces superhéros constituent une nouvelle mythologie, celle des XXe et XXIe siècles? Lévi-Strauss quand tu nous tiens...! Toujours est-il, que nous assistons, au final, à la création d'un nouveau genre ou un sous-genre si l'on veut: le film "comics", plus qu'un film d'action et plus qu'une adaptation simple de comics.
Si vous voulez aller plus loin dans la réflexion, deux ouvrages ou plutôt deux revues: Tausend Augen (une revue indé), n°31: Le choc des super-héros. Anatomie de la Nouvelle Amérique ainsi que la revue THEOREME (revue publié par la Sorbonne Nouvelle), n°13: Du héros aux super héros. Mutations cinématographiques.
Sur ce... bonne lecture!



lundi 15 mars 2010

TSAR: folie et démesure russes

S'il y a un film sur lequel j'ai beaucoup réfléchi avant de me lancer dans la critique, c'est bien TSAR de Pavel Lounguine (2009), sorti en 2010 en France et présenté lors du Festival de Cannes, dans la sélection "Un Certain Regard". Pourquoi ai-je réfléchi? Parce que ce film soulève énormément de questions et j'ai vraiment un avis partagé. De plus, j'ai voulu lire aussi bien les critiques françaises que russes. C'est un film évènement qui était attendu avec beaucoup d'intérêt aussi bien en Russie car il traite d'une page assez douloureuse et importante de l'Histoire russe, et en France par les admirateurs de Lounguine.
Ce film est de ceux qui ne laissent personne indifférent. Les critiques russes soient le fustigent en disant que le portrait d'un Ivan le Terrible aussi maléfique et cruel est impensable (on comprend dont que seul un réalisateur russe juif pouvait ainsi "calomnier" un tsar russe...), soit l'encensent en mettant en valeur le portrait du Métropolite Philippe, devenu un saint homme.... Les critiques françaises, quant à elles, sont doubles aussi. Ceux qui n'aiment pas, trouvent que la réalisation et la mise en scène n'est pas bonne (scénario mal ficelé, trop de musique etc.). Ceux qui aiment, trouvent qu'au contraire, la réalisation est très bonne et que le film sert de méatphore à la situation politique actuelle.
Alors, que penser au final? Tout est à la fois vrai et faux, et oui, c'est comme ça. J'avoue que j'ai eu du mal aussi à organiser mes pensées car le film est assez "brouillon", il y a trop de tout. Le film est assez ambitieux car Lounguine a voulu en faire un film mystique et religieux (avec de nombreuses références à la religion orthodoxe, et à la spiritualité notamment avec les dialogues entre les deux protagonistes), un film métaphysique, un film philosophique (comment concilier la foi et le pouvoir, est-ce que la religion et le pouvoir peuvent coexister ensemble, que faire lorsque le pouvoir temporel empiète sur le pouvoir spirituel etc.), un film politique (avec des réfléxions sur le pouvoir autocratique), un film historique (avec des reconstitutions historiques assez minutieuses), créant ainsi une nouveau genre de biopic.  Autant d'informations et de genres dans un même film d'une durée de 1h56... ça nous donne un film assez dense et trop touffue. Et pour parler façon marketing, "trop d'infos tue l'info"... mais revenons au film.


1565. Ivan le Terrible y règne depuis une trentaine d'années, et son règne ne cesse de sombrer dans la folie la plus pure. Agé d'une trentaine d'années, il ressemble déjà à un vieil homme à cause de tous les excès desquels il se repaît. Accompagné de sa garde personnelle, les "Chiens du Tsar" (la traduction française est un peu métonymique, dans la mesure où cette garde s'appelle "Opritchnina" et se promène sur des chevaux avec une tête de chien et un balai sur la selle), il élimine à tour de bras tous ceux qu'il considère être ses ennemis. Il prend part lui-même aux éxécutions et aux tortures. Le peuple et l'Eglise restent impuissants dans la mesure où tous peuvent être condamnés à mort. L'ancien métropolite (chef de l'Eglise) Athanase s'est réfugié dans un monastère, épouvanté par les horreurs auxquelles il assiste. Ivan IV, dit Ivan le Terrible, nomme alors son ami d'enfance, Filip (Kolychev), abbé du Monastère de Solovetsk, nouveau Métropolite. Celui-ci accepte la charge très lourde, que de mener à bien son devoir pastoral. Lounguine en fait une sorte de nouveau protecteur du peuple russe. Sur le chemin, en allant à Moscou, il prend sous sa protection, une jeune enfant qui a échappé par miracle aux brutalités des "opritchniki" et qui est une faible d'esprit (qui pourrait être une variante du "fol-en-Christ", une sorte de prophète russe qui a des visions religieuses). Arrivé à Moscou, il voit les ravages perpétrés par le tsar et sa garde et il est mis en garde par son propre neveu, Ivan Kolychev, qui lui raconte que toute leur famille a été massacrée et qu'ils sont les deux uniques survivants. Sur ce, il recommande au nouveau Métropolite d'abandonner sa charge et il part faire la guerre. Petite précision historique: pendant tout le règne d'Ivan IV, le pays est ravagé par les guerres contre les Livoniens, les Polonais et les Tatars.
Commence alors le lent duel entre les deux personnages. Filip incarne la face lumineuse de la Russie alors qu'Ivan, qui se croit l'égal de Dieu, présente celle du pouvoir et finalement devient un personnage antichristique. Leurs conversations sur le pouvoir et la religion sont intéressantes car elles résument à elles-seules, les interrogations qu'ont eu tous les tsars et en fait tous les monarques. Comment concilier le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel en une seule personne? Est-ce seulement possible? Ivan essaie d'expliquer à Filip à quel point sa mission est difficile, celle de préserver l'Etat russe qu'il est en train de consolider peu à peu. Obsédé par la mort de sa première épouse Anastasia, (l'histoire veut qu'elle ait été empoisonnée par les boyards; les boyards sont les nobles russes), il voit des complots partout autour de lui. Les boyards qui l'ont tant humilié dans son enfance, sont vendus à la Pologne (tels le prince Andréï Kourbski, dont subsiste encore aujourd'hui leur correspondance), et ne veulent que sa mort. C'est pourquoi, il doit tuer, torturer et éliminer les traîtres, même s'il tue des innocents au pasage.
Excédé par ces excès, Filip n'en peut plus. Il essaie de protéger des boyards revenus triomphants de la guerre, dont son neveu, car il sait que le tsar veut les tuer sous des faux prétextes. Ivan y voit un complot ourdi contre lui par son propre ami d'enfance. Evidemment, les boyards sont tués...
Un jour qu''Ivan pénètre dans l'église pendant la liturgie et demande à être béni par le Métropolite, celui-ci refuse. Ce qu'Ivan donne, il peut le reprendre. Il ordonne à ses "chiens" de dépouiller Filip de ses habits sacerdotaux et de l'emprisonner aux Solovki. Là-bas, enchaîné, il ne vit que de ses prières et devient un saint homme. A la fin, il est tué par Maliouta Skouratov (fidèle, opritchnik, homme de main du Tsar et principal ordonnateur des tortures!).
Ivan le Terrible ne s'émeut guère de tous ses assassinats et continue à imaginer des meurtres de plus en plus cruels. Heinrich Staden, allemand venu de Russie, cet ingénieur invente les machines de torture les plus démentes et les plus folles, dont quelques-unes ont même été inventées par Léonard de Vinci. Afin de profiter le peuple russe de toutes ces machines sophistiquées, il le convie à une grande fête auquel le peuple russe ne se montre pas. Il s'agit pour Lounguine de finir son film en montrant que le tsar a tué tout le monde, et qu'il reste seul dans sa folie meurtrière.
La structure narrative du film est assez linéaire même s'il y a des erreurs historiques et des raccourcis (raccourcis obligatoires sinon on aurait un film de 6 heures!). En effet, la folie du tsar est divisée en 4 parties de durée inégale: la prière, la guerre, le sacrifice et enfin le divertissement du tsar. La prière relate donc la nomination et l'arrivée de Filip, la guerre retrace la guerre menée contre la Livonie (une partie de la Prusse, de la Pologne et des Etats baltes), le sacrifice traite de toutes les tortures et l'assasinat de Filip. Le film se clôt sur le divertissement du tsar, sur la grande fête du sang.

Le problème, c'est qu'il est très difficile se plonger dans ce film sans avoir de connaissances historiques un peu poussées. D'ailleurs, les critiques françaises ont tout de suite pointé du doigts les exactions du pouvoir russe actuel, or c'est un raccourci assez facile et surtout inexact. Comparer les actions d'Ivan le Terrible à celles de Poutine ou Medvedev, c'est réducteur et surtout, c'est méconnaître à quel point Ivan le Terrible fut un tyran sanguinnaire, sadique, avide de divertissements macabres en tout genre, lubrique (il eut 8 épouses, viola et tua des jeunes filles et jeunes femmes, et fut même peut-être homosexuel, comme le montre Eisenstein). 1565 marque la deuxième règne du partie d'Ivan le Terrible. Juste avant, il a eu une crise spirituelle, mystique qui l'a poussé à abdiquer, et il s'est réfugié à Alexandrovskaïa Sloboda. Le peuple russe, effrayé par cette action, qu'il juge comme un châtiment de Dieu, vient le supplier de revenir à Moscou. Il accepte à une condition: il revient mais plus personne ne pourra s'opposer à ses actions et surtout, il s'entoure d'une garde personnelle, "Opritchnina", qui devra exécuter tous les ordres du Tsar. Ces hommes, à peu près 1000, sont issus des couches les plus basses (il y a tout de même quelques boyards). Ils n'ont aucune fortune personnelle, tout ce que le Tsar leur donne, il peut le reprendre et surtout, il a le droit de vie et de mort sur eux. Leur seul but dans la vie est de servir le tsar, exécuter les basses manoeuvres, et tuer, piller, violer etc. Le tsar a choisi volontairement les hommes les plus rudes, les plus violents et les plus grossiers.

Ce qu'il faut signaler c'est que cette violence existait déjà avant la création même de cette garde. Mais elle ne fait qu'empirer lorsque les "chiens du tsar" sont lâchés. D'ailleurs, le tsar a lui-même grandi dans un climat d'une violence et d'une cruaté inouïes, ce qui pourrait expliquer son caractère sadique.

Lounguine en fait un personnage complètement schizophrène. Ivan le Terrible (magnifique Petr Mamonov) se réveille la nuit en entendant des voix. Mais ces voix-là, il les entend dans sa tête. Il entame un dialogue avec lui-même. Cette schizophrénie expliquerait le comportement double d'Ivan: à la fois mystique et spirituel (il pouvait tenir debout pendant des heures entières à l'église, il avait même développé des callosités au front à force de faire autant de génuflexions), et à la fois sadique, monstrueux, capable des pires bassesses. Mais en nous montrant cette schizophrénie, n'est-ce pas une façon de dédouaner Ivan, de le rendre presque humain et de le pardonner de ses fautes?
L'autre personnage clé est le métropolite Filip (Oleg Yankovki, qui décéda peu de temps après le tournage). Leurs dialogues sur la religion, la spiritualité, le pouvoir peuvent être interprétés comme un dialogue entre le tsar et son double. Le tsar - le pouvoir temporel et le métropolite - pouvoir spirituel sont deux pendants d'un personnage qui pourrait être la Russie ou le peuple russe, à la fois spirituel et violent. On voit que la boucle est bouclée: le thème du double est une composante assez importante chez Lounguine. Il a commencé par cette thématique dans Taxi Blues, son premier film, où joue Petr Mamonov. C'est la rencontre improbable entre un saxophoniste et un conducteur de taxi. Chacun représente un archétype russe, l'un est musicien de jazz, juif, artiste vivant dans son monde auquel le chauffeur de taxi n'aura jamais accès. Il est bourru, alcoolique, capable des pires accès... N'est-ce pas ce que l'on a ici? Ivan le Terrible, le premier tsar de Russie (fait historique vrai: c'est le premier grand duc de Moscou qui s'est fait couronner Tsar de toutes les Russies), véritable stratège politique, celui qui a rassemblé les territoires russes et tatares, capable d'horreurs, paranoïaque et son double, celui qu'il aurait du être, c'est-à-dire le métropolite Filip, homme de la Renaissance, grand ascète, spirituel, compatissant...?
Outre les erreurs historiques que l'on peut oublier/pardonner, on est en droit de se poser la question, pourquoi un film sur Ivan le Terrible? On m'a dit qu'il y a eu récemment en Russie un sondage pour savoir quelles étaient les grandes figures populaires russes. Dans les premiers noms qui sont sortis et qui a causé une stupeur générale, il y avait Staline et Ivan le Terrible!!! A croire que la violence est réellement inhérente au pouvoir, au peuple et à l'histoire russe. Fallait-il faire un film sur ce monarque fou? Est-ce une piqûre de rappel contre les dérives qui pourraient exister un jour? On ne peut s'empêcher de tracer le parallèle entre le régime sanguinolent d'Ivan le Terrible et celui de Staline mais ça sera pour une autre fois lorsque je parlerai du portrait qu'a brossé S. Eisenstein d'Ivan IV.

Après ses satires post-soviétiques, il semblerait que Lounguine se lance dans un cinéma religieux, avec son film précédent, L'île et Tsar, creéant ainsi un nouveau genre que l'on pourrait appeller le "cinéma russe orthodoxe", qui ne déplaît pas au gouvernement en place....
Le problème c'est que dans ce film, tous les clichés sont présents... le métropolite est forcément bon ainsi que tous les moines et les prêtres (alors que la réalité était tout autre, les hommes d'église étaient aussi corrompus que les boyards). Il y a des icônes partout, la Russie enneigée est là aussi. Et puis surtout, il y a ce personnage de petite fille, celle qui est faible d'esprit. C'est le personage type de l'époque, c'est-à-dire le "fol-en-Christ". D'habitude, il s'agit de vieillards ou de vieilles femmes, mais là, c'est une enfant, qui personnalise le peuple russe martyrisé. Trop de stéréotypes... trop russe, trop tout.
Et pourtant l'image est belle, trop léchée. Lounguine s'est offert les services de Tom Stern, le chef opérateur de Clint Eastwood depuis 20 ans, essayant ainsi de faire un biopic, un blockbuster à l'américaine. Et il y est arrivé! 

J'aurais envie de raconter encore plus de choses sur ce film et sur Ivan le Terrible. Si je ne devais choisir qu'un point négatif pour ce film, c'est que le film est trop "gore". Franchement, la violence et la cruauté dont faisait preuve le tsar, on pouvait tout aussi bien les sous-entendre et pas les montrer à l'écran. Je n'ai pas besoin de voir un homme se faisant dévorer les entrailles par un ours pendant 15 minutes pour comprendre la folie du tsar mais bon, cela est bien évidemment subjectif.
Le point positif, c'est que le peuple russe est capable du pire comme du meilleur. De plus, Lounguine montre à quel point, la Russie est un mélange d'Orient et d'Occident (à noter la scène d'ouverture où l'on voit le tsar se vêtir d'habits de plus en plus beaux et majestueux - de longues robes brodées d'or et de pierres précieuses, avec des tenues très orientales).

En tout cas, si cela vous chante, et si je vous ai assez piqué votre curiosité et que vous souhaitez vous plonger dans l'histoire, je vous recommande pour une première approche, la biographie d' Ivan le Terrible d'Henri Troyat. Il s'agit d'une vulgarisation, certes, mais très bien écrite et assez documentée. Sinon, pour une approche plus ardue, je vous conseille l'histoire de la Russie de Karamzine. A vous de découvrir à quel point cette époque était terrible et faste.